01 - Étude au British Museum
Pages : 54 (La scène, si vous voulez bien me suivre…) - (…Toutes les gouttes s’étaient échappées)
Après ce séjour passé à Oxbridge et Fernham, la narratrice se retrouve à Londre. Son sujet : LES FEMMES ET LA FICTION, est encore une page blanche. Pour le faire progresser, elle a besoin d’en savoir plus sur les conditions materielles nécessaires à la création. Et surtout, elle souhaite déceler les raisons qui font de la prospérité artistique un privilège masculin. Elle se confronte à tant de problématiques, mais manque de réponses. Et si réponses il existe, elles sont nécessairement au British Museum. Elle s’y rend.
Sur son chemin, Londre lui apparait telle une machine, sombre et entêtante. Le British Museum en est une autre : avec son accueil, ses formulaires, ses index… Elle y touve, là-bas, un corpus masculin démentiel comparé au corpus féminin ; et un nombre incalculable d’hommes écrivant sur les femmes. Elle qui pensait en avoir pour un matinée d’étude, en a maintenant pour plusieurs siècles. Les hommes ont, de fait, absolument tous un regard sur les femmes : qu’ils soient biologistes, médecins, essayistes, écrivains, avec ou sans diplôme. Tous y vont de leur opinion : qu’elle soit frivole ou rigoriste. Elle trouve cela étrangement flateur, d’autant qu’aucune femme n’écrit au sujet des hommes. Cette asymétrie devient d’autant plus absurde, en lisant Samuel Butler défendre que : « les hommes sages ne disent jamais rien de ce qu’ils pensent des femmes ». Les hommes sages, en effet, ne semblent ne pas faire autre chose. Cependant, elle n’arrive pas à en extraire du sens. Comme elle n’a jamais reçus les enseignements d’Oxbridge : elle n’a aucune méthode pour traîter ces ouvrages. Elle se retrouve donc avec des notes éparses.
Pour ne pas faciliter la tâche, ces sages ont des avis radicalement opposés : Pope dit des femmes qu’elles n’ont aucun caractère, La Bruyère les pense extêmistes ; Napoléon les jugent incapables d’être instruites, le Dr Jhoson : les penses plus intelligentes… Pourtant, aucun ne répond à la problématique sur la pauverté des femmes dans l’art : ne faisant que submerger la narratrice de nouvelles questions. Ainsi, ses notes continuent de se contredir et s’emêler, alors que l’étudiant d’Oxbridge, lui, a un plan structuré. Elle en est désolée et blessée. Elle a échoué à trouver les vérités qu’elle était venue chercher.